Une histoire au fil de l’eauÉTAPE 03 / 05

Source Saint-Félix

Des pèlerins au patrimoine, au pied des Carmes.

Étape 03 · L’essentiel

Au pied des Carmes, Saint-Félix raconte une histoire d’eau et de passages. Avant d’entrer dans les visites patrimoniales, la source attirait des pèlerins et alimentait un lavoir. Reliques, cartes anciennes et souvenirs locaux permettent de suivre cette histoire, des usages les plus anciens aux aménagements du quartier.

1856Un pèlerinage encore vivant, selon Charat
1930Le relevé de la grotte par G. Cholat
Le lavoirL’eau au service du quotidien

À découvrir depuis les espaces autorisés. Respectez les fermetures et les consignes des organisateurs. La présence d’escaliers et de passages étroits demande de vérifier l’itinéraire adapté à votre visite. Les documents anciens ne sont pas des plans d’accès aux souterrains.

Les grandes étapes de cette histoire
  1. Des origines au XVIIIe siècleLes origines et le couvent
  2. Jusqu’en 1780Le rituel des pèlerins
  3. 1802 – 1856Le pèlerinage entre deux rives
  4. 1930 – novembre 1931Les relevés de G. Cholat
  5. 1940Une passerelle provisoire
  6. 1956 – juillet 1981Charat et Émile Allard
  7. À partir de 1991Jardins et découverte du patrimoine
  8. Aujourd’huiDécouvrir Saint-Félix

Au fil du temps

L’histoire de la source Saint-Félix.

Des origines au XVIIIe siècle

Une source au pied des Carmes.

L’histoire de Saint-Félix commence par l’eau qui surgit sous le quartier des Carmes. Dans son livre de 1956, Philippe Charat la décrit sortant de la molasse par saccades régulières et abondantes. Il rapporte aussi qu’Aymard du Rivail la citait parmi les eaux minérales romaines réputées. Cette évocation d’une origine très ancienne appartient aux récits du lieu : elle ne fournit pas, à elle seule, une datation archéologique de la source ou de son aménagement.[1]

Au XVe siècle, l’installation des Carmes donne au quartier une nouvelle organisation. L’église, le couvent, les jardins et les terrains cultivés occupent des niveaux différents au-dessus du Guiers. Saint-Félix s’inscrit dans cet ensemble : un escalier de pierre descend vers l’eau, tandis que le pont couvert des Carmes franchit le passage. Le récit de visite le présente comme une liaison des religieux vers leurs champs et leurs vergers.[2][3]

La mappe sarde reproduite dans le document des Carmes, et datée de 1729 par sa légende, permet de replacer ces bâtiments et leurs terrains dans le quartier. Elle éclaire l’organisation des lieux ; elle ne donne pas la date de construction de chacun des passages que l’on y reconnaît.[3]

Extrait de la mappe sarde montrant le quartier des Carmes, les parcelles bâties, les jardins et le Guiers.
Les Carmes et leurs terrains sur la mappe sardeExtrait présenté comme une mappe de 1729 dans le document de visite des Carmes. Il replace la source et les passages dans l’environnement du couvent.

Jusqu’en 1780

Une fiole d’huile, une bouteille d’eau.

La fontaine est longtemps associée à la vénération d’une relique de saint Félix. Charat écrit que celle-ci est conservée dans la chapelle des Carmes jusqu’en 1780 et que les pèlerins viennent de loin pour prier devant elle. La visite de l’église et la descente à la source forment ainsi les deux moments d’une même démarche.[1][2]

Le geste transmis par les récits est précis : on apporte une fiole d’huile destinée à la lampe de la chapelle, puis on remplit cette même bouteille de l’eau de Saint-Félix avant de repartir. Cette eau passe pour soulager les maux d’yeux. C’est une réputation de guérison attachée au pèlerinage, et non une propriété médicale établie.[1][2]

L’huile entretient la lumière auprès de la relique ; l’eau emportée prolonge le souvenir de la visite. À travers ce rituel se dessine une histoire populaire, faite de déplacements, d’espoirs et de gestes répétés. Les textes ne précisent pas à quelle date la pratique a commencé.[1][2]

1802 – 1856

La relique change de rive, la dévotion demeure.

En 1802, selon Charat, la relique est transportée dans l’église de la rive dauphinoise. Son déplacement ne fait pas disparaître la dévotion à Saint-Félix : la source reste, de l’autre côté du Guiers, le lieu où les pèlerins viennent chercher l’eau.[1][2]

Pour 1856, le même auteur rapporte encore une fréquentation de trois à quatre cents pèlerins. Ils vénèrent la relique dans l’église côté français, puis passent en Savoie pour faire provision de l’eau réputée miraculeuse. Le parcours religieux relie donc les deux rives, au lieu de se limiter à un seul sanctuaire.[1][2]

Charat évoque également de nombreux ex-voto dans la chapelle. Ces marques de reconnaissance prolongent la mémoire des guérisons attribuées à l’eau. La carte postale ancienne ci-dessous montre la fontaine et son environnement, sans permettre de dater la scène du temps de ces pèlerinages.[1]

Carte postale ancienne de la fontaine Saint-Félix, près d’une porte et d’un mur couvert de végétation.
La fontaine sur une carte postale ancienneLa fontaine et la porte voisine, sur une reproduction de « La Savoie pittoresque ». La prise de vue n’est pas datée.

1930 – novembre 1931

Dessiner ce qui se trouve sous terre.

En 1930, G. Cholat dessine un relevé intitulé « Grotte St Félix ». Il y représente la source, une galerie étroite, des murs de pierre, une ancienne porte en fer, une grotte et un bassin nommé « piscine ». Une conduite en fer dirige l’écoulement vers le lavoir public ; une autre porte donne sur l’escalier qui y descend. Le dessin montre ainsi que l’eau de Saint-Félix appartient aussi à l’histoire des usages quotidiens.[4]

Une portion du souterrain est notée haute d’environ un mètre et large de 0,70 mètre. Des éléments portent la mention « pierres tombales », dont l’un semble daté de 1639. Cette inscription dessinée ne date pas l’ensemble de la galerie et ne suffit pas à en faire une crypte. L’annotation « imagination fantaisiste » figure aussi près d’un prolongement : toutes les parties représentées ne doivent donc pas être tenues pour un relevé certain.[4]

Plan de la grotte Saint-Félix signé G. Cholat et daté de 1930, avec la source, le souterrain, le bassin et le lavoir.
Le relevé de G. Cholat, en 1930Source, galerie, bassin et conduite vers le lavoir public. Les annotations du dessin, dont « imagination fantaisiste », sont conservées.

En novembre 1931, Cholat consigne l’ouverture d’un autre espace sous le chœur des Carmes : un caveau, représenté avec un cercueil, des ossements, des coupes et un escalier de six marches. Ce témoignage complète l’histoire du sous-sol de l’église, mais ne démontre pas une communication entre le caveau et la source. Les deux ensembles doivent rester distincts dans la lecture des lieux.[5]

1940

Saint-Félix, un point de passage après la destruction du pont.

La destruction du pont principal, en juin 1940, interrompt la liaison habituelle entre les deux rives. Charat rapporte alors la construction d’une légère passerelle de bois entre le passage Saint-Félix et la berge située sous l’entrepôt des tabacs. Elle sert quelque temps avant d’être emportée par une grosse crue.[1]

Ce franchissement provisoire du Guiers ne se confond pas avec le pont couvert des Carmes, qui passe au-dessus du chemin de Saint-Félix. L’épisode rappelle toutefois combien ce petit secteur est lié aux circulations de la ville : on y vient chercher l’eau, mais il peut aussi offrir un point d’accès à la rivière.[1]

1956 – juillet 1981

Recueillir les souvenirs de la source.

En 1956, Philippe Charat rassemble l’histoire du lieu dans un chapitre intitulé « La Fontaine Saint-Félix dans le jardin du Presbytère ». Après les récits de reliques et de pèlerinages, il décrit une scène plus familière : l’été, habitants et touristes descendent le long escalier de pierre, passent sous le vieux pont des Carmes et puisent de l’eau pour leur boisson. C’est un usage rapporté à l’époque où il écrit, pas une indication sur la potabilité actuelle.[1]

Vignette illustrée placée en tête du chapitre de Philippe Charat sur la fontaine Saint-Félix.
Saint-Félix dans le livre de Philippe CharatLa vignette qui ouvre le chapitre consacré à la fontaine en 1956. Elle accompagne le récit des pèlerinages et des usages de l’eau.

En juillet 1981, l’abbé Émile Allard revient à son tour sur Saint-Félix. Il décrit le bassin sous le passage des Carmes et un tunnel provenant du dessous du chœur, avec les mêmes dimensions approximatives que celles notées par Cholat. Il rappelle l’ancien pèlerinage et la réputation de l’eau pour les yeux. Il suggère aussi un culte antérieur au christianisme, sans citer de découverte archéologique propre à la source.[6][4]

Ces témoignages n’identifient pas tous le même saint : Charat et le récit de visite rapprochent Félix d’un pape, tandis qu’Allard évoque un prêtre de l’Église de Rome martyrisé vers 303 sous Dioclétien. Les textes s’accordent sur la mémoire d’une dévotion, mais ne permettent pas d’authentifier précisément la relique.[1][2][6]

À partir de 1991

Retrouver les chemins du quartier.

Le Contrat de Petite Ville de 1991 inscrit les abords de l’église, les jardins de la mairie et le presbytère dans un projet de mise en valeur du centre ancien. Le programme prévoit de relier les cheminements, de remettre en état le pont des Carmes et d’assurer une liaison avec la fontaine Saint-Félix. Ces pages décrivent les aménagements envisagés ; elles ne constituent pas, à elles seules, un bilan de tous les travaux réalisés.[7]

Un bulletin consacré aux Journées du patrimoine témoigne également de la place donnée à Saint-Félix dans la découverte de la ville. Le programme associe l’église des Carmes, la salle capitulaire, le jardin de l’Hôtel de Ville, le passage Clermont-Tonnerre et la source, présentée comme « nichée sous le chœur de l’église » et montrée au public pour la première fois dans le cadre de cette opération.[8]

La fontaine n’est plus seulement évoquée pour l’eau que l’on venait y puiser. Elle devient aussi un lieu à regarder et à raconter, au sein d’un ensemble où se rejoignent l’histoire religieuse, les usages de l’eau et les transformations des espaces publics.[7][8]

Aujourd’hui

Lire ensemble la fontaine, l’escalier et le passage.

Depuis les espaces ouverts à la visite, le regard peut suivre les différents niveaux du quartier : la fontaine en contrebas, l’escalier de pierre, le passage couvert et l’église au-dessus. La photographie reproduite dans le document de visite permet de comprendre cette superposition. La source et le pont couvert ne sont pas deux étapes sans rapport : leurs histoires se rencontrent au même endroit.[2][3]

La fontaine Saint-Félix en contrebas du pont couvert des Carmes, entre les murs et la végétation.
La fontaine et le passage couvert des CarmesUne vue des différents niveaux du lieu : la fontaine en contrebas, le passage couvert au-dessus et les abords végétalisés. Photographie non datée.

La fontaine et son bassin. Ils rappellent les gestes des pèlerins comme les usages ordinaires de l’eau.

Les escaliers et les niveaux. Ils donnent à lire la relation entre les jardins, les Carmes et les bords du Guiers.

Le pont couvert. Il enjambe le passage de Saint-Félix ; il ne doit pas être confondu avec les passerelles qui traversent la rivière.

Pour poursuivre vers les Carmes, suivez le balisage et les indications sur place. N’entrez pas dans les galeries et ne consommez pas l’eau de la source. En cas de fermeture d’un passage, demandez l’itinéraire autorisé aux organisateurs.

Références et crédits

Les numéros dans le récit renvoient aux sources ci-dessous. Les dates des documents ne sont pas nécessairement celles des photographies. Les récits de pèlerinage et les usages anciens de l’eau sont présentés comme des témoignages historiques.

  1. 1 · Histoire locale
    Philippe Charat · Le Pont-de-Beauvoisin, ses légendes historiques, ses vieilles coutumes, 1956

    Pages imprimées 147–148 : fontaine, intermittence de l’eau, relique, rituel, pèlerins de 1856 et usages estivaux. Page 144 : passerelle provisoire entre le passage Saint-Félix et la berge sous l’entrepôt des tabacs après la destruction du pont.

    Voir la page 147 ↗
  2. 2 · Récit de visite
    La Fontaine Saint-Félix : l’eau miraculeuse du jardin du presbytère

    Document transmis le 14 septembre 2026, deux pages. Récit des pèlerinages et photographie de la fontaine sous le passage couvert. L’attribution du saint et les pratiques rapportées sont confrontées aux autres témoignages conservés, sans supposer leur continuation aujourd’hui.

  3. 3 · Carte et environnement des Carmes
    L’église et le couvent des Carmes · Document de visite

    Fondation au XVe siècle et, page 4, extrait légendé « Mappe Sarde de 1729 ». La légende identifie le couvent, l’église et la passerelle au-dessus de Saint-Félix. Cette lecture n’est pas une datation de construction de la passerelle. Voir aussi le document de visite de la Maison Rivoire pour la liaison entre sa propriété et les Carmes.

  4. 4 · Relevé ancien
    G. Cholat · Grotte St Félix — anno 1930

    Source, galerie, portes, bassin et écoulement vers le lavoir. Les inscriptions « pierres tombales », « 1639 » et « imagination fantaisiste » restent attachées au dessin ; elles ne sont pas transformées en conclusions archéologiques.

    Consulter la page reproduisant le relevé ↗
  5. 5 · Relevé ancien
    G. Cholat · Caveau ouvert en novembre 1931

    Un espace sous le chœur des Carmes, décrit séparément de la source. Aucune communication avec Saint-Félix n’est établie par ces relevés.

    Consulter le relevé du caveau ↗
  6. 6 · Témoignage local
    Abbé Émile Allard · La Source Saint Félix, juillet 1981

    Dimensions approximatives du souterrain, pèlerinage pour les yeux, hypothèse d’une vénération préchrétienne et identification du saint différente de celle rapportée par Charat.

    Lire le texte manuscrit ↗
  7. 7 · Programme d’aménagement
    Le Tambour de Ville · Contrat de Petite Ville 1991

    Pages 8–9 du programme : abords de l’Hôtel de Ville et du presbytère, parc près de l’église, cheminements, liaison avec la fontaine Saint-Félix et remise en état du pont des Carmes. Les dates effectives de réalisation ne sont pas données par le programme. Un autre article décrit la rénovation du jardin de la mairie et du passage Clermont-Tonnerre.

    Consulter l’article sur le jardin de la mairie ↗
  8. 8 · Valorisation patrimoniale
    Le Tambour de Ville · Journée du patrimoine

    Article mentionnant une visite organisée un dimanche 15 septembre, avec les Carmes, la salle capitulaire, le jardin de l’Hôtel de Ville, le passage Clermont-Tonnerre et la source. Le numéro et l’année ne sont pas visibles sur la page transmise ; l’événement n’est donc pas affecté à une année précise.

    Consulter la page du bulletin ↗

Illustrations : documents fournis pour cette visite, reproductions de bulletins et ouvrage de Philippe Charat. Le plan de 1930 est signé G. Cholat ; les autres auteurs de prises de vue ou d’illustrations ne sont pas identifiés dans les exemplaires transmis. Les légendes distinguent le sujet représenté de la date de publication.

04

Poursuivez votre visite

Église des Carmes

Remontez vers l’église des Carmes par le jardin suspendu, en suivant le balisage et les consignes sur place. Le QR code de l’étape 4 vous attend devant l’église. Si le passage est fermé, demandez l’itinéraire autorisé aux organisateurs.

Étape précédente : Maison Rivoire

Photographie ou document de Saint-Félix

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